La Colline du Bollenberg – La colline de Belenos
Colline comme emblème, symbole pour vignerons comme villageois. Colline sacrée, dont le sommet s’orne d’une chapelle que le temps n’a cessé d’envelopper de mystère. Colline habitée, traversée d’énergies anciennes, nourrie d’histoires entremêlées, de mémoire et de mythe. Colline aux terroirs multiples, contrastés, comme si elle portait en elle les contraires du monde.
Depuis toujours, elle veille. Lieu de rassemblements celtes, d’offrandes aux puissances invisibles, elle fut aussi terre de sabbats, de feux nocturnes et de silences graves. Un lien intime la relie au sacré, à ce que l’homme ne peut nommer, seulement pressentir.
Son nom vient de loin : Bollenberg, dérivé de Belen, ou Belenos – dieu celte du feu, de la lumière, des pâturages et du passage entre vie et mort.
Ici, les fêtes suivaient la course du soleil. Chaque année, le 2 février marque Imbolc, moment-charnière du calendrier celtique : la promesse du renouveau, quand la lumière reprend peu à peu le pas sur l’obscurité. Ce jour-là, le soleil se lève dans l’axe parfait des montagnes et vient embrasser la colline d’une lumière droite et pure. Un instant suspendu, qui rappelle l’alliance ancienne entre ciel et terre.
Les Romains y ont planté leurs pierres et leurs rites. Une villa s’y dressa. Puis vint le Christianisme. Au VIe siècle, une église dédiée à Saint Martin s’éleva, partagée entre six villages — seule Orschwihr en resta fidèle jusqu’à sa disparition en 1838.
Le XVIIIe siècle, curieux d’étymologies, relie Bollenberg à Apollon, le dieu solaire romain. D’autres y voient une protection féminine : Sainte Apolline, ou Sainte Polona, figures tutélaires de la colline.Et aujourd’hui encore, au sommet, se dresse la chapelle Sainte-Croix.
On la nomme aussi chapelle aux sorcières — écho lointain aux veillées d’un autre temps, aux sabbats, ces rassemblements nocturnes empreints de rituels et de mystères, que le vent, parfois, semble encore murmurer entre les vignes.
La colline repose sur un socle ancien, calcaire, veiné ici et là de strates d’argiles et de marnes, comme si le temps y avait inscrit des sédiments d’âmes. Ce sous-sol complexe, fragmenté, offre une mosaïque de terroirs, chacun vibrant de sa propre voix, révélant une identité singulière, un souffle particulier.
Son climat, lui aussi, échappe aux normes. Protégée par la haute muraille des Vosges – en particulier les géants que sont le Grand et le Petit Ballon – elle échappe aux pluies venues d’ouest. Ainsi, cette colline calcaire devient l’une des plus sèches de France. À peine 400 à 500 mm d’eau par an s’y déposent, comme une discrète bénédiction.
Et pourtant, dans cette rareté naît l’abondance. Une faune et une flore rares s’y sont établies, venues de loin, d’horizons inattendus : des espèces méditerranéennes croisent ici des formes végétales d’Europe orientale, venues des plaines hongroises ou russes. Entre les frondaisons discrètes, les landes rases, les pierriers rugueux, plus de 270 espèces végétales s’enracinent. Certaines sont des joyaux discrets : les orchidées sauvages, une quinzaine de variétés précieuses, les tulipes des vignes, les anémones pulsatiles, les œillets sanguins, les belles de onze heures…
Les animaux eux aussi ont élu refuge dans ce paysage. Le lézard vert, vif et émeraude, s’y faufile entre les pierres. Autour de lui, lézards des murailles, ephippiger des vignes, escargots bulimes rayés, tous trouvent place.
Et dans le ciel, ou posés sur une branche, chantent le bruant jaune, la linote mélodieuse, la huppe fasciée, le bruant zizi – autant de voix qui tissent la trame vivante du lieu.Depuis 2008, ce fragile équilibre est veillé par Natura 2000, comme un sanctuaire à préserver.
Triangulaire, dressée comme un autel calcaire, la colline s’élève doucement à 363 mètres — modeste en hauteur, mais empreinte de grandeur. Sculptée par le vent, le soleil et les siècles, elle impose sa présence. Elle s’ouvre en trois versants : l’un regarde l’est et le sud-est, vaste et lumineux; un autre plein sud, plus intime; le dernier se tourne vers l’ouest, guettant le soleil couchant.